Un monde étrange ...
L'Invisible...
Ailleurs ...
Loin, si loin ...
Un monde étrange ...
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LE POETE
Tragique gnôme halluciné
Au crâne blanc et cabossé,
Il s'est affalé sur un banc,
Tête basse et les bras ballants.

C'est un vieux faune douloureux,
Avec un gros nez globuleux,
Un étrange front cabossé
Et un regard exorbité.

Il a traîné dans tous les bouges
Son ventre mou et ses joues rouges,
Mais dans ses yeux gris délavés
Subsistent des reflets d'été.

Car ses vers où chantent des fleurs
Sont ébouriffés de couleurs,
Et quand les mots affluent en lui,
C'est le génie qui frappe à l'huis .

UN ETRE ETRANGE
Sa tête est disproportionnée
Comme une lune potelée,
Et ses yeux bleus très écartés
Sont deux billes exorbitées.

Son corps est tout rond, un peu gros,
Et ses jambes courtes vacillent.
Il émet des sons gutturaux
Vous taraudant l'oreille en vrille.

Son voyage a duré un an ...
Ou un peu moins. Et la lumière
L'éblouit encor tout autant
Qu'à son arrivée sur la Terre.

Son regard est écarquillé,
Craintif, clignotant, étonné,
Parfois même un peu affolé:
Après tout, ce n'est qu'un bébé ...

LE TEMPS
Inexorable il fuit et file entre les doigts,
Tel une eau trouble et bleue que le Destin emporte.
Mais il peut être aussi un brasier qui décroît
Jusqu'à ce qu'il n'en reste alors que cendres mortes.

Lumière effilochée qui jamais ne s'épuise,
Il ronge lentement tout ce qui vit sur Terre.
Rien ne peut résister, vies dorées ou vies grises,
Ni même les rochers plantés au creux des mers.

On ne s'aperçoit pas que les minutes passent,
Et les heures, les jours, chaque mois un peu plus.
Puis un matin la vie trop lourde vous écrase :
On est vieux, mais on croit qu'on n'a jamais vécu.

Il reste des plaisirs fugaces et légers,
Et de profonds chagrins qui lacèrent votre âme.
Vous n'êtes désormais qu' un réceptacle usé
Porteur du souvenir de très anciennes flammes.

Car le Temps en passant a lavé, décapé
Les souvenirs heureux, les usant peu à peu.
On est vieux, l'on attend sans savoir qui l'on est,
Et un beau jour enfin Il vous ferme les yeux.

DES MONDES ETRANGES
Des mondes étranges, des mondes fous
Confinant au Ciel sont cachés en nous,
Enfantant parfois des faits inouïs.
De Dieux inconnus serions-nous le fruit ?

Ces faits incongrus affleurent parfois,
Bizarres, déments, et bien que l'on croit
Agir en suivant notre seul vouloir.
Croyant tout soumis à notre pouvoir

Nous ne voulons pas entendre raison.
Et l'Irrationnel, puis la Déraison,
La vie d'Au-delà et celle d'Ailleurs,
Nous les rejetons presqu'avec horreur .

Mais au fond de nous, tout ce qui subsiste
De nos coeurs d'enfants, cette longue liste
De sujets tabous se fraie un chemin
Et le monde obscur nous prend par la main .

LA BULLE
Un bien curieux objet est tombé sur la Terre,
Venu d'un univers lointain, illimité.
Une sorte de bulle, et qui a recouvert
Le béton et l'acier d'une brume irisée .

Sur ce monde noirci de fumée, étouffant,
Elle s'est déposée en toute transparence.
Et en ensorcelant brutalement les gens
Elle en a fait des dieux subitement en transes.

Autour d'eux les parois se sont évanouies,
Dissoutes et baignées d'une étrange lumière.
Ils ont aimé leurs jours si semblables à la nuit,
Et le ciel d'un gris pâle est redevenu clair.

La clarté a fusé dans toute la région,
Jaillissant en faisceaux des murs noirs et des toits.
Une foule joyeuse a surgi des maisons,
Rameutant les voisins avec des cris de joie.

Leurs yeux s'étaient ouverts sur un tout nouveau monde,
Comme s'ils renaissaient nimbés d'un nouveau jour.
Plus rien n'était pareil, leur vie était féconde :
La bulle inexplicable était faite d'amour.


LE VIEUX CHIEN
Il doit avoir dans les quinze ans,
S'appelle Nestor comme un sage.
Il est un peu perclus par l'âge
Et pas mal usé par le temps.

Il est aveugle et presque sourd.
Pour trouver son chemin il lance
Ses pattes avant bien en cadence
Tel un acrobate balourd.

Car sur son oeil opaque un voile
Laiteux lui mange la lumière.
Mais quand il partira son flair
Le mènera jusqu'aux étoiles.

Il porte encor beau. Son pelage
Tout frisé-bouclé fait merveille.
Bien chaud comme un tendre soleil,
Son amour croît avec son âge.

Il vibre et vit dès qu'il vous sent.
Sa queue devient un métronome :
C'est ainsi qu'il sourit aux Hommes
Qu'il aime depuis tant de temps.

LE MUSICIEN
Sur la grand'place du village
Un musicien s'est installé.
Presqu'aussitôt le doux ramage
Des colombes s'est arrêté.

Il avait une contrebasse
Dont le bois était éraflé.
Sa piètre figure était lasse
Et ses cheveux tout emmêlés.

Mais ses larges yeux écartés
Etaient si étranges, si bleus
Qu'aussitôt la vie s'est figée
Sous les vieux platanes ombreux.

Les doigts minces et effilés
Ont alors effleuré les cordes.
Elles se sont mises à chanter
Une mélodie monocorde.

Et sans pouvoir s'en empêcher,
En sautillant comme des chêvres,
Les gens se sont mis à danser
Avec une chanson aux lèvres.

LE FEU
Il se tortille et s'entortille
En rubans rouges et safran ,
Puis il lance ses escarbilles
A l'assaut des bûches d'argent .

Poitrine brûlante et dos froid ,
Recroquevillé l'on frissonne .
Cependant le feu qui tournoie
Ronfle comme un chat qui ronronne .

Des langues bleues , des langues jaunes
Lèchent le bois déjà noirci ,
Et les flammes qui carillonnent
Dansent , crépitant à l'envi .

Puis tout se calme . On est si bien .
L'enfer s'est transformé en braise .
Tout est au tiède , et le vieux chien
Pousse de sourds grognements d'aise .

La cendre est chaude sous les bûches ,
Et le feu a mis sa sourdine .
De longues flammèches trébuchent
En étincelles mandarine.

On est si bien qu'est oublié
L'hiver qui piétine dehors
Fulminant et dépenaillé.
Le feu s'écroule en gerbes d'or .

LE LAGON BLEU
C'est une terre bleue enserrant un lagon
Qui change de couleur dès que point le matin.
Y vivent des génies, des fées et des dragons,
Et des djinns, des kobolds, des elfes, des lutins...

Dès l'aube le soleil s'y déploie en fanfare
Et chaque soir la pluie ruisselle à larges flots.
La forêt est comblée et ses arbres bizarres
Ont des feuilles d'azur et des fruits indigo.

C'est une terre bleue nimbée d'un tel halo
Qu'y sont tout désarmés les Etres qu'il caresse.
Certains sont terrifiants, mais nul ne vous agresse.

Fruits de rêves d'enfants et d'histoires passées,
Ils vivent la douceur d'une tiède paresse,
Lovés au coeur des fleurs d'un éternel été.

LES ETOILES
Posées sur le ciel noir des étoiles soupirent,
Lançant dans l'Infini d'étranges signaux verts
Vers notre Terre bleue qui elle aussi aspire
A ne plus être seule au creux de l'univers.

Au coeur du grand cosmos lévitent des soleils
Perdus au fil du vide et trop inabordables
Pour qu'on ose un instant les espérer pareils.
Le temps qui nous sépare est trop interminable.

Mais peut-être le fait de les imaginer
Nous en rapproche-t-il ? Et si l'on peut rêver,
Peut-être rêve-t-on en leur monde inconnu ?

Tous ces soleils qui fuient entraînent dans leur course
Les espoirs des Humains qui par-delà les nues
Rêvent tout simplement d'atteindre la grande Ourse ...

LES SANTONS
Tout maigre et fasciné , un vieux loup est assis
Sur son derrière osseux au seuil noir d'une étable .
Attiré par un chant , des hourrahs et des cris ,
Il trouve tout à coup que le monde est aimable .

Il lève le museau vers une poutre en V :
Accrochés au bois noir par un pan de chemise ,
Des angelots d'argent y jouent du flageolet .
Bouclés et potelés , en choeur ils improvisent

Une gaie farandole et une sérénade .
Eclairés par le feu discret d'une bougie ,
Il y a dans l'étable un tas de gens qui badent ,
Frottant leurs grosses mains que le gel a rougies .

Un bien joli mino est couché dans un nid ,
Et c'est lui , tout petit , que ces humains acclament :
Des bergers , le pasteur , toute une confrérie
De commerçants replets et de benoîtes femmes .

Une minote en bleu contemple le bébé ,
Ainsi qu' un grand barbu aux rudes mains calleuses .
A l'arrière , un boeuf blanc , un âne bien peigné .
Tout ce monde en liesse a la mine radieuse .

Et le gredin soupire en se sentant exclu ,
Ses articulations sont bien raides ce soir .
Il a plus de quinze ans et il est tout perclus ,
Il est seul , il fait froid et la nuit est très noire .

Alors un agneau blanc est venu le chercher
Et l'a conduit confus à côté de la crèche
Où riait aux étoiles le tout petit bébé .
Une larme a giclé dans le vieux coeur tout rêche .


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