Loin, si loin ...
L'Invisible...
Ailleurs ...
Loin, si loin ...
Un monde étrange ...
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LE VOLCAN
Sur l'île du début du monde
Une montagne ronfle et gronde.
La nuit vient juste de tomber
Mais elle est tout illuminée.

Ses flancs sont visqueux et fumants,
Tout poisseux d'un magma brûlant
Qui roule lentement sur l'eau
Tout en vaporisant les flots.

Tout bouillonne comme en enfer,
La lave, les rochers, la terre,
Enchevêtrés et avalés
Par l'océan échevelé.

C'est le monde des origines,
Une terre noire et carmine
Sous un ciel furieux et plombé.
Et cependant vient de germer

Une toute petite pousse
A l'extrémité un peu rousse.
Pointant sous le lourd magma gris,
Un peu de vie a reverdi .

LE TORRENT
Il rugit dans la combe, il hurle et il dévale
Comme un dragon dément crêpelé par le vent.
Il est vert, il est bleu, émeraude et argent,
Et s'élance en furie vers le mitan du val.

Ses tourbillons d'écume et sa crinière d'eau
Se tordent au-dessus du fond qui les aspire.
Des arbres arrachés par le courant qui vire
Sont comme des fétus tournoyant sur son dos.

Il est fou, furibond, et ses flots déchaînés
Se déversent en force sur les gros rochers blancs.
Il s'arc-boute parfois et tout tonitruant
Ressemble dans sa fougue à un cheval cabré.

Et puis il ralentit, soudain tout apaisé
Par la douce vallée fleurie de peupliers.
Ses eaux molles qui rient se sont enfin calmées
Et s'étalent au chaud, lisses et défroissées ...

L'ARBRE AUX CORBEAUX
Sur le ciel blond, patte griffue ,
Il se déploie en éventail.
Ses branches torses, toutes nues
En font un noir épouvantail .

Mais les corbeaux n'en ont pas peur,
Et compagnons du triste hiver,
Ils se sont perchés tous en choeur
Sur l'arbre sans once de vert.

Les branches semblent mortes mais,
Malgré la froidure qui mord ,
Dans la profondeur de l'aubier
Un souffle léger vit encore.

Il est si tenace, insidieux,
Que peu à peu il se faufile,
Aspiré par l'espace bleu
Du ciel au-dessus de la ville.

Même ténu et fragile,
Il est lourd d'une énorme force
Qui va faire poindre, graciles,
De tendres bourgeons sur l'écorce.

LA VILLE
Monstres dégingandés égratignant le ciel
Et buildings élancés oscillant dans le vent,
C'est une ville-pieuvre qui croît en détruisant
La campagne asiatique à coups de tracto-pelles.

Elle est faite de traits verticaux et de tours
Raides dans leurs carcans opaques et lustrés
Qui reflètent un ciel âpre et désespéré.
Tout n'est plus que béton à des mille alentour.

Elle a jailli un jour de fertiles rizières,
Amas de blocs hideux et de gros parpaings gris
Penchés tout de guingois sur l'eau terne et pourrie
Où du fuel irisé empègue la rivière.

Mais parfois l'arc-en-ciel se déploie sur les rives
Et l'eau miroite au pied des grands vaisseaux d'acier.
Le port ressemble alors au monde enluminé
D'avant ce monde fou qui vogue à la dérive.

LE CHATEAU
Au bord de la falaise et sous un ciel de plomb
Se dresse un château gris abandonné au vent.
Arc-bouté sur la roche, il s'accroche au surplomb
Qui domine la mer de son mur ocre et blanc.

Les quatre tours, les murs, et le donjon ruinés
Sont arrimés au sol depuis plus de mille ans.
Le souffle de la mer ne les peut arracher
Du granit attaqué par le flux mugissant. .

Mais en bas, éternel, tel un monstre qui ronge,
L'océan insidieux ne se lasse jamais,
Et la plage inclinée, gorgée comme une éponge,
Peu à peu se délite en creux et se défait.

Un jour viendra sans doute où l'eau aura raison
Du manoir belliqueux dressé sur ses ergots.
Aussi fragile alors qu'une frêle maison
L'orgueilleux édifice s'abattra dans les flots.

PLANETE
C'est une Terre inexplorée
Qui tourne au plus lointain du ciel,
Un monde clair et enchanté,
Opalin comme un arc-en-ciel .

Elle a trois lunes et deux soleils
Dont les sphères étincelantes
Tournoient au creux d'un ciel vermeil
Où des milliers d'étoiles chantent.

La végétation y est bleue ,
Et rouge vif, jaune doré.
Tous les soirs un orage y pleut
Des larmes roses et nacrées.

Le ciel y est souvent orange
Et, penché sur les arbres-fleurs,
Il déverse une aura étrange
Irisée de mille couleurs.

Sous la frondaison pelucheuse
Vivent de petits Etres bleus
Avec des ailes duveteuses
Et d'immenses yeux globuleux.

Des Etres très doux qui pépient,
Et qui vont, qui viennent, qui volent,
Menant joyeusement leur vie
D'arbre en arbre en gaie farandole.

JUNGLE
Tout croît partout dans tous les sens ,
Fouillis feuillu, feuilles immenses
Qui croissent dans l'exubérance
De l'été en effervescence.

Fouillis feuillu, fouillis intense
Qui explose dans tous les sens
Quand toute cette efflorescence
Se fragmente en milliers d'essences.

Des lianes bleues rampent par terre,
Enserrant au creux de leurs serres
Des choses molles qui s'insèrent
Au plus profond des fondrières.

Il pleut souvent, il pleut beaucoup,
Trombes d'eau et trombes de boue.
Et quand l'orage devient fou,
L'air empuanti vire au roux.

Sur une branche détrempée
Une fleur-oiseau s'est perchée,
Un oiseau-fleur ébouriffé
Comme un dahlia illuminé. .

Dans ce monde grouillant et gris
De gluantes plantes moisies ,
La bestiole d'or irradie
Opales, saphirs et rubis.

Mais ce bref éclat d'arc-en-ciel
Irisé jusqu'au creux des ailes
Vient de s'envoler vers le ciel,
Faisant gicler mille étincelles.

SONNET POUR L'AU REVOIR
Depuis combien de temps nous as-tu donc laissées ?
Un mois, deux mois , trois mois ... ou ce laps de temps gris
Que chacun ici-bas nomme l'éternité ?
On se sent un peu seuls, pourquoi es-tu partie ?

On va comme toujours, et pourtant il est vrai
Que le ciel est pâlot, la vie tout appauvrie.
Quant au printemps nouveau qui se met à germer,
Il fait éclore en nous chagrin et nostalgie.

Il ne fait pas bien beau, et comme à l'unisson
Passe sur le jardin un bien morne frisson,
Celui du triste hiver où tu t'en es allée.

Mais peut-être ris-tu de notre peine étrange,
Et avec ton ardeur et ta folle gaieté ,
Te plais-tu à voler avec des ailes d'ange ?

LE REBELLE
Un bébé enclos en sa bogue sombre
Avait décidé de ne pas sortir
Du doux ventre chaud où blotti dans l'ombre
Il suçait ses pouces en devenir.

Il était si bien, flottant dans l'eau tiède,
Petite grenouille étrange et repue,
Qu'il ne bougeait plus, de peur que ne céde
La coquille frêle de l'utérus. .

Inconscient, béat, il était serein,
Mais il refusait simplement de naître.
Il tétait sa langue et suçait ses mains,
De sa destinée se croyait le maître.

Mais un jour, soudain, il fut englouti
Par un aveuglant torrent de lumière :
De grosses mains nues et un bistouri
Venaient de trancher la fine barrière

Qui le protégeait du monde extérieur.
Il fut extirpé, secoué, pétri,
Lavé en tous sens, et son postérieur
Fut poudré de talc fleurant bon l'iris .

Alors indigné, outré, déconfit
Par la joie bruyante qui l'agressait,
Le bébé furieux , toujours insoumis,
En s'égosillant se mit à hurler .

http://poemes-provence.fr